Les mystères de Paris

Eugène Süe

Avec ce roman fleuve, Eugène Süe inaugure le sous-genre du roman-feuilleton. Alexandre Dumas lui emboîtera le pas avec « Les trois mousquetaires » et « Le comte de Monte-Cristo ». Le roman de Eugène Süe paraît dans « Le journal des débats » au milieu du XIXième siècle.

Grande fresque des bas-fonds de Paris, où le personnage principal, qui s’avère être un prince incognito, se pose en justicier.

Des complots sournois, ourdis par des gens peu fréquentables, qu’ils soient vagabonds ou notables corrompus, vont être déjoués, parfois in extremis , par le Prince et ses amis. Et on s’aperçoit progressivement que tous ces coups tordus ont une origine commune, un projet crapuleux.

Vision un peu manichéenne, il y a les bons et les méchants, même si ces derniers sont nés bons et ont été corrompus par le milieu dans lequel ils vivent. Visions Rousseauiste, alors, peut-être.

Les seuls personnages un peu ambigus, normaux, quoi, sont un médecins noir et une prostituée créole. Vous comprenez, chez ces gens-là, c’est différent.

Affiche : Jules Chéret – 1885 – Domaine public

Mais si on met ce manichéisme un peu à l’écart, il y a des passages d’une grande beauté et d’une grande profondeur, où l’auteur décrit des situations où un sentiment exacerbé peut aboutir à une distanciation avec soi-même et avec la réalité, frisant la folie.

A ce propos, Eugène Süe décrit un « asile de fou », comme on disait à son époque, où, loin de soigner et d’aider les gens, on ne fait que les enfermer. Mais il ne faut pas confondre les fous et les idiots, ce ne sont pas les mêmes comportements, et donc pas les mêmes méthodes d’incarcération… On sait que le corps médical ne commence à s’intéresser à ces maladies qu’à la fin de ce siècle, avec Charcot et Freud.

A propos d’enfermement, Süe parle aussi de celui des délinquants, et du régime carcéral. A son époque, on enferme plusieurs délinquants dans une même pièce, et ils ont l’occasion d’en rencontrer d’autres lors des promenades. Ils ont ainsi tout le loisir de se stimuler mutuellement pour ourdir le prochain coup qu’ils tenteront dès leur sortie de prison. Si tu ne joues pas à ce jeu, tu est considéré comme un traître et tu est banni.

Süe pense qu’au contraire, on ferait mieux de les isoler dans des cellules (chose qu’on fera plus tard), afin de les faire mariner face aux spectres de leurs victimes.

Süe parle aussi du caractère barbare et de l’inutilité de la peine de mort. Si on veut impressionner par l’exemple, il faut faire des exécutions publiques, comme au moyen âge, pas à huis clos, comme aujourd’hui. De plus le criminel n’expie rien puisqu’il meurt avant.

Il ne reste donc plus comme justification à la peine de mort que le fait de se débarrasser de la personne, afin qu’elle cesse de nuire à la société. Il y a quand même des moyens moins barbares.